La photo d’architecture est l’un des thèmes les plus prisés par les photographes amateurs. Si vous êtes en train de lire cet article, je suis certain que vous avez déjà essayé au moins une fois de photographier un monument, un bâtiment ou encore un pont. C’est d’ailleurs ce qui me fait dire que, quelque part, nous sommes tous des photographes d’architecture !

Cependant, même si vous pratiquez déjà la photo d’architecture, êtes-vous certain de bien maitriser les bases ? Pour le savoir, je vous propose de vous accompagner et de vous faire découvrir les éléments clés de cette discipline.

 

La maîtrise des perspectives

Lorsque vous avez commencé à photographier vos premiers édifices, vous avez probablement été un peu déroutés (enfin, personnellement c’est le sentiment que j’ai eu !). A moins d’avoir longuement étudié le sujet avant de vous lancer, il y a fort à parier que vos photos présentaient d’importantes déformations.

Ainsi, vous avez dû remarquer que les lignes verticales des bâtiments n’étaient pas vraiment verticales sur vos photos. Elles avaient plutôt tendance à converger vers le haut du cadre.

Il n’est pas nécessaire d’aller chercher bien loin pour comprendre ce phénomène. La plupart des photographes débutants choisissent une focale courte (grand angle), se positionnent à quelques mètres de l’édifice, puis pivotent leur appareil photo vers le haut pour que le sujet apparaisse en entier dans le cadre.

Or, en photographiant en contre-plongée, le capteur de l’appareil photo n’est pas parallèle avec le sujet. Ce qui pourrait passer pour un détail a pourtant de grandes répercussions sur le résultat final : on est en présence de ce que l’on appelle un effet de perspective.

Plus vous vous rapprochez du sujet et plus cet effet se renforce. Ainsi, si vous vous placez au pied d’un bâtiment et que vous orientez votre appareil vers le haut pour le photographier, la base du bâtiment paraitra immense alors que sa partie haute semblera minuscule.

Cet effet peut être intéressant si vous voulez mettre l’accent sur le caractère imposant d’un bâtiment ou d’un monument ou prendre une photo « créative ». Mais si vous voulez obtenir une représentation fidèle du sujet que vous photographiez, vous allez chercher à contrôler les perspectives.

Idéalement, il faudrait pouvoir se tenir bien en face du bâtiment et à mi-hauteur pour que le capteur de l’appareil photo et le sujet soient le plus parallèles possible. Une première approche consiste donc à reculer et à s’éloigner de quelques dizaines de mètres du bâtiment (voire plus en fonction de sa hauteur). Pour conserver le même cadrage, il suffit alors simplement d’utiliser une focale plus longue, soit en zoomant, soit en changeant d’objectif.

Si cette solution semble assez simple sur le papier, dans la pratique c’est une tout autre histoire… Bien souvent, vous ne pourrez pas disposer du recul suffisant et malgré vos efforts vous serez toujours en contre-plongée.

Si le fait de reculer n’a pas été suffisant ou n’est tout simplement pas possible, vous pouvez redresser les perspectives au post-traitement. La plupart des logiciels de retouche (Photoshop, Lightroom, DxO…) proposent des outils pour y parvenir. A titre personnel, je me sers de la fonction upright de Lightroom. Elle est très facile à utiliser et il suffit de quelques secondes pour redresser les lignes fuyantes.

 

Lightroom-Upright
A gauche : photo d’origine prise au grand angle et en contre-plongée.
A droite : la même photo, corrigée dans Lightroom grâce à l’outil upright.

 

Enfin, la voie royale est d’utiliser un objectif dédié à la photo d’architecture, c’est-à-dire un objectif à bascule et décentrement. Pour faire simple, ce type d’objectif a la particularité de coulisser, ce qui permet de saisir le sujet dans son intégralité tout en maintenant le capteur et le sujet dans deux plans parallèles. Dès la prise de vue il est donc possible d’obtenir une image réaliste du sujet photographié, sans effet de perspective. Malheureusement, le prix de ces objectifs est conséquent et leur utilisation parfois complexe les destine plutôt à un public expert.

 

Les problèmes de distorsion

J’espère que vous êtes encore là et que je ne vous ai pas perdu en route… Les éléments présentés dans ces deux premiers points sont essentiels à comprendre pour réussir vos photos d’architecture et il me semble important d’y consacrer un peu de temps !

Continuons notre panorama des déformations en abordant à présent la question de la distorsion. Contrairement à l’effet de perspective, la distorsion est un défaut optique. Nous ne sommes donc pas tous égaux : selon la qualité de vos objectifs, vos photos présenteront plus ou moins de distorsion.

C’est bien joli tout cela, allez-vous me dire, mais comment peut-on reconnaitre la distorsion ? Et bien, la distorsion se manifeste par une incurvation plus ou moins marquée des lignes présentes sur le sujet. Ainsi, dans le cas de la photo d’architecture, les belles lignes droites de vos bâtiments ou de vos monuments vont avoir tendance à se courber sur vos photos.

 

correction-distorsion-lightroom
A gauche
: distorsion typique d’un objectif ultra grand-angle. Observez la présence de lignes courbes dans l’image.

A droite : La même image corrigée dans Lightroom

 

On rencontre fréquemment de la distorsion avec les objectifs grand-angle. La distorsion est d’autant plus marquée que la focale est courte, le cas extrême étant l’objectif fisheye qui présente un fort pourcentage de distorsion.

Enfin, il est également intéressant de savoir que l’on peut rencontrer différents types de distorsions selon la focale utilisée : la distorsion en barillet (courbure vers l’extérieur) est un défaut typique des objectifs grand angle alors que la distorsion en coussinet (courbure vers l’intérieur) se rencontre plutôt avec les téléobjectifs.

Les boitiers numériques apportent généralement un premier niveau de correction de la distorsion. Mais ce n’est pas toujours suffisant ! Les logiciels de retouche cités plus haut permettent également de régler ce problème en post-production. Lightroom ou DxO, par exemple, disposent d’une base de donnée qui permet de corriger automatiquement différents types de distorsion en fonction du couple boitier/objectif que vous avez utilisé. Si le résultat n’est pas satisfaisant, il est possible d’ajuster manuellement l’intensité et le sens de la correction.

 

L’importance de la lumière

Je vous parle régulièrement du rôle que la lumière peut jouer dans la réussite de vos images. La photo d’architecture ne fait pas exception à la règle : si vous voulez une belle photo de bâtiment ou de monument, privilégiez une belle lumière !

Vous veillerez donc à choisir le meilleur moment pour photographier votre sujet. Il n’y a pas forcément de moment universel, tout dépend de l’orientation du bâtiment et de la façon dont il est éclairé par le soleil. Certains sujets se photographieront mieux le matin, d’autres l’après-midi. Par définition,un bâtiment est statique, c’est donc à vous de vous adapter !

Pour réaliser la photo ci-dessous, j’ai dû attendre la fin de la journée pour que le soleil viennent baigner le monument d’une jolie lumière dorée. En photographiant ce sujet du même endroit mais le matin, j’aurais été à contre-jour. L’exposition aurait été beaucoup plus délicate à gérer et le monument n’aurait pas autant été mis en valeur.

 


La porte du Peyrou, l’un des monuments historiques de la ville de Montpellier.

 

Évitez autant que possible les heures de la journée où la lumière est la plus dure, notamment la période entourant la pause méridienne. Le contraste est généralement marqué à ce moment-là et vous risquez de vous retrouver avec des zones trop sombres ou trop claires sur vos photos.

Enfin, la course du soleil n’emprunte pas tout à fait le même chemin tout au long de l’année. Votre sujet ne sera donc pas éclairé de la même manière au fil des saisons. Il n’y aura pas forcément de grand changement mais cela peut suffire à faire la différence. Si vous en avez la possibilité, n’hésitez pas à revenir photographier votre sujet favori à différentes périodes de l’année.

 

Les détails, ça compte !

Quel que soit le sujet, la première photo que nous réalisons est souvent une photo du bâtiment ou du monument dans son intégralité. Il n’y a pas forcément d’explication rationnelle, peut-être qu’intuitivement nous considérons qu’une vue d’ensemble est ce qui représente le mieux notre sujet.

Pour autant, il serait dommage de s’arrêter là car vous risquez de passer à côté de détails intéressants. Et pour le coup, en photo d’architecture, ce n’est pas cela qui manque ! Si vous photographiez un monument ancien, vous trouverez sans difficulté d’innombrables détails à immortaliser : moulures, sculptures, boiseries, objets en fer forgé, etc. Avec un bâtiment moderne, vous ne serez pas en reste : les façades présentent la plupart du temps des éléments graphiques qui pourront vous servir de source d’inspiration.

Si vous en avez la possibilité, n’hésitez pas également à pénétrer à l’intérieur du bâtiment ou du monument. Il y a souvent des photos intéressantes à faire et cela sera un bon complément des premières photos prises à l’extérieur. Les escaliers, par exemple, sont depuis longtemps des sujets de prédilections pour les photographes. Si vous visitez un édifice religieux, les vitraux ou les détails d’une fresque ne sont également pas à négliger.

Parfois les détails présentent plus d’intérêt qu’une vue d’ensemble du sujet. A titre d’exemple, je vais vous faire part de la démarche que j’ai adoptée pour prendre la photo ci-dessous.

 

Détail de la façade d’un bâtiment du vieux Nice.

 

A l’occasion d’une balade dans le vieux Nice, j’ai tout de suite été attiré par le charme d’un bâtiment de trois étages à l’architecture typique. J’ai donc tout naturellement commencé par faire une photo d’ensemble. Mais, j’ai rapidement été gêné par la présence d’éléments parasites (gouttières, projecteurs, etc.) sur ma photo.

J’ai donc décidé de faire un plan serré sur ces trois fenêtres, ce qui était à mon sens la meilleure option pour mettre en valeur l’architecture du bâtiment. Vous remarquerez également, qu’en me positionnant à une distance confortable, j’ai pu dès la prise de vue obtenir une image sans déformation.

Photographier des détails peut également avoir un autre intérêt. Si vous êtes devant un monument avec une forte affluence, il sera presque impossible de le photographier sans inclure dans le cadre une nuée de touristes. Même si vous n’avez rien contre les touristes (dont vous faites également partie !) vous préférerez certainement ne pas les avoir sur vos photos. Un bon moyen de ruser est donc de vous concentrer sur les détails caractéristiques du bâtiment.

 

Le piège de la photo carte postale

Vous l’avez surement déjà remarqué, les monuments sont presque toujours photographiés du même endroit. Résultat : tout le monde possède à peu de choses près la même photo que son voisin. Il n’y a qu’à taper le nom d’un monument dans un moteur de recherche pour s’en rendre compte.

S’il s’agit de faire une photo souvenir et d’alimenter l’album de famille, pourquoi pas. Mais si vous voulez prendre une photo originale vous allez devoir vous investir un minimum. Les bonnes choses arrivent rarement toutes seules !

Plutôt que de faire de long discours, regardons deux photos du même monument. Pour cela j’ai choisi l’un des monuments les plus célèbres et les plus photographiés au monde : la Tour Eiffel.

 

tour-eiffel-classique
crédit : Ramon Duran

 

Sur cette première photo, le photographe a apporté un certain soin à la composition. On note la présence d’un premier plan et on remarque le souhait de mettre l’accent sur la symétrie de la scène en plaçant le sujet au centre du cadre. L’exposition est bien gérée, même si la scène ne posait pas de difficulté particulière.

Le photographe a également conservé un distance suffisante avec le monument pour s’affranchir de l’effet de perspective dont je vous parlais en début d’article. Mais au final, même si cette photo ne présente pas de défaut rédhibitoire, n’avez-vous pas le sentiment de l’avoir déjà vue des dizaines de fois ?

 

tour-eiffel-originale
crédit : Gregory Bastien

 

Sur cette deuxième photo, là aussi, le photographe a choisi de centrer son sujet. Mais cette fois-ci, il a utilisé un premier plan inhabituel. Les parois encadrent parfaitement la Tour Eiffel et propulsent littéralement le regard vers le sujet. De plus, en choisissant le format carré et un traitement noir et blanc, le photographe propose sa vision du monument. On est loin de la photo carte postale que l’on peut trouver à tous les coins de rue de Paris.

J’espère que cet exemple vous aura convaincu que, même si un édifice a été photographié sous toutes ses coutures, il est toujours possible de proposer quelque chose d’original !

 

Voilà, vous avez à présent quelques bases pour bien appréhender la photo d’architecture. Dites-moi maintenant dans les commentaires quelles ont été vos difficultés et vos succès en tant que photographe d’architecture !

Photo d’architecture : les bases pour bien débuter
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A PROPOS DE L’AUTEUR…

Vous aimez prendre de belles photos, mais vous ne savez pas (toujours) comment faire ? Vous êtes au bon endroit !

Je m’appelle Fabien Beilhe et je suis photographe indépendant.

A travers ce blog, je partage avec vous tous mes conseils et astuces pour progresser en photo.

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