La photo culinaire a le vent en poupe ces derniers temps. L’une des raisons qui permet d’expliquer cet engouement n’est pas un secret de polichinelle : la cuisine n’a jamais suscité autant d’intérêt ! Il ne se passe pas un jour sans que la télévision, la radio ou la presse ne consacre un sujet ou une émission entière à l’art de la table.

Ainsi la photo culinaire, jusque-là cantonnée à un secteur confidentiel, est en plein essor. De plus en plus de photographes souhaitent s’initier à ce type de pris de vue et je ne pouvais donc pas attendre plus longtemps avant de vous en parler !

Pour vous présenter cette discipline, j’ai décidé de faire appel à une photographe culinaire de talent : Virginie Fouquet alias chefNini. J’ai découvert son portfolio il y a quelques mois et j’ai tout de suite été séduit par ses images. Je me suis dit que d’une façon ou d’une autre il fallait que je vous présente son travail !

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Virginie n’a pas commencé la photo depuis très longtemps et elle n’utilise pas un appareil photo professionnel. Deux raisons supplémentaires qui m’ont poussé à lui proposer de répondre à quelques questions. Ce qu’elle a accepté de faire sans hésiter, malgré un emploi du temps chargé.

 

Bonjour Virginie, peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 29 ans et j’habite en région parisienne. Je suis blogueuse culinaire depuis 2008 sous le pseudonyme chefNini.

Salade_facon_perigourdineSalade façon périgourdine
© chefNini

 

Pour celles et ceux qui ne te connaitraient pas encore, on peut dire que tu as une triple casquette : tu es à la fois, créatrice, photographe et rédactrice culinaire. Peux-tu nous raconter ton parcours et nous dire comment tu en es arrivée là ?

Je me destinais à un milieu bien loin des spatules et des photos. J’ai fait des études pour devenir développeur web. J’ai travaillé quelques temps dans ce milieu mais je me rendais bien compte que cela ne me convenait pas. À ce moment-là, j’avais déjà créé mon blog de cuisine. Par un concours de circonstance, je me suis retrouvée en 2009 sans emploi et après une phase de réflexion, j’ai décidé de m’occuper sérieusement de mon blog pour le développer et le faire connaître.

Le véritable tournant dans ma vie fut lorsque j’ai reçu en cadeau mon reflex numérique, un an après. Je rêvais de pouvoir faire de jolies photos et c’était l’occasion pour moi de travailler sur ce point faible. La photographie est alors devenue une seconde passion.

Parallèlement à mon blog, j’ai commencé à travailler sur un projet de livre de recettes pour le publier en autoédition (c’est-à-dire sans éditeur). Durant cette même période, j’ai reçu une première proposition de création de recettes pour une boutique en ligne. Sans trop savoir où je mettais les pieds, je suis finalement devenue auto-entrepreneur en septembre 2011.

Depuis, les propositions se font plus nombreuses, plus intéressantes aussi. Voyant les retours positifs sur mon travail, cela m’a clairement encouragé à continuer dans cette voie.

 

Sur ton blog, tu publies chaque jour une nouvelle recette que tu illustres avec tes photos. Qu’est-ce qui te prend le plus de temps : la conception des recettes, la réalisation des plats ou la prise de vue ?

C’est la partie « réalisation des plats » qui me demande le plus de travail. Bien sûr, cela va dépendre de la recette : un gâteau d’anniversaire va nécessiter plus de temps de préparation qu’une salade de pâtes.

La prise de vue en elle-même n’est pas l’étape la plus longue, elle requiert une certaine réflexion en amont : choix du décor, de la vaisselle, des couleurs, de la présentation, de l’ambiance etc… Avec le temps, je travaille plus rapidement.

Mais il y a une autre étape de mon travail pour laquelle je passe beaucoup de temps. Il s’agit de toute la partie rédaction des articles, sélection et post-traitement des images.

 

Peux-tu nous présenter la façon dont tu travailles au quotidien ? Quel est le déroulement d’une journée type de chefNini ?

La veille au soir, je note tout ce que je dois faire pour le lendemain que ce soit pour mon blog ou une prestation, et j’organise ma journée en fonction. Je passe une grande partie de la matinée en cuisine. J’enfile la casquette de photographe en fin de matinée / début d’après-midi. Je travaille en fonction de la lumière, alors je m’adapte à celle-ci.

L’après-midi est plutôt consacré au travail sur ordinateur : rédaction des recettes / travail des photos / réflexion sur de nouveaux articles et nouvelles recettes.

Dès que j’ai du temps libre, je m’occupe de répondre aux emails et aux commentaires.

photo_culinaire_Tagliatelles _saumon_sauce _fromage_blancTagliatelles au saumon, sauce fromage blanc au sésame
© chefNini

 

Parlons maintenant un peu plus de photographie. Y-a-t-il un photographe qui t’a plus particulièrement inspirée ou tout du moins qui t’a donné envie de faire de la photo ?

Il y a bien sûr quelques blogueuses pour qui j’ai une grande admiration comme Cannelle et Vanille ou Call Me Cupcake. Il y a aussi certains magazines de cuisine dont les photos me font rêver et m’inspirent. La photographie est arrivée bien tard dans ma vie et je me suis formée seule avec quelques livres sur le sujet et de nombreux essais. C’est ainsi qu’on avance.

 

Une sujet qui revient souvent dans la bouche des lecteurs du blog concerne le matériel. Peux-tu nous présenter ton matériel (boitier, objectifs, accessoires…) ?

Je possède un boîtier Canon 500D (capteur APS-C). Jusqu’à il y a 2 mois, j’utilisais principalement l’objectif Canon EF 24mm f/1.4L II USM. Mais je préfère maintenant le réserver à la photographie de paysage. Je l’ai donc remplacé par un objectif un peu plus adapté à la cuisine : le Canon 35 mm f/1.4L USM. Pour des plans macro, je prends un Canon 60mm f/2.8 USM.

J’utilise un réflecteur pour déboucher les ombres. J’ai parfois besoin de me photographier pour un geste culinaire, j’utilise dans ce cas une télécommande et je pose mon appareil photo sur un trépied. Autrement, je fais mes photos à main levée pour être plus libre dans mes cadrages.

 

En découvrant ton travail, j’ai tout de suite été séduit par la composition de tes images. Tu n’hésites notamment pas à couper une partie de ton sujet au moment du cadrage. Plus généralement, quelle est ton approche pour composer tes photos ?

Pour chaque séance photo, j’ai toujours en tête des cadrages “type”. Je propose sur mes articles 6 photos du plat finalisé, il faut donc essayer de varier cadrage et disposition des éléments de la scène. J’aime excentrer mes sujets dans un coin supérieur, ça donne une vue plus intime. J’aime aussi m’approcher et tronquer mon plat pour n’en montrer qu’une partie et rentrer dans le sujet.

Les règles de composition que l’on connaît en photographie s’appliquent bien évidemment à la photographie culinaire : composition en triangle, règles des tiers, règles des impairs.

Magret_canard_orangeMagret de canard à l’orange
© chefNini

 

La lumière est un élément clé pour réussir une photo culinaire. Quel type d’éclairage utilises-tu et comment gères-tu concrètement la lumière ?

Je travaille uniquement avec la lumière du jour. Je me place dans ma cuisine près de la porte-fenêtre que j’ouvre ou que je laisse fermée selon la quantité de lumière désirée. C’est dans cette pièce que la lumière y est la plus belle en journée : ni trop chaude, ni trop froide. J’utilise un réflecteur pour déboucher les ombres. Je peux placer la lumière sur le côté ou en contre-jour pour donner un modelé différent à ma scène. Je n’utilise ni flash, ni lumière supplémentaire. Je préfère la lumière naturelle pour plus d’authenticité.

 

Peux-tu nous présenter l’une des photos dont tu es la plus fière et nous expliquer pourquoi ?

C’est une question difficile. Lorsque je revois mes images, je remarque toujours des petits défauts à corriger, je suis difficilement satisfaite de mon travail. Mais en y réfléchissant, il y a bien une séance photo que je suis très contente d’avoir pu réaliser. Il s’agit de pommes au four photographiées dans la neige dans un parc près de chez moi. Je ne regrette pas avoir bravé le froid et l’humidité. Le jour où la neige est tombée en abondance, je n’ai pas hésité, cette idée me trottait dans la tête depuis un moment. Mes préparatifs et mes photographies ont intrigué plus d’un promeneur passant par-là.

Il y eut beaucoup de difficultés, pas seulement météorologiques, mais techniques aussi. Le neige éblouit facilement les photos, l’étape du post-traitement était très importante pour rééquilibrer l’image. Au final, j’aime cette photo pour l’originalité du cadre.

Photo_culinaire_pomme_cannelle_sirop_erablePommes rôties à la cannelle et au sirop d’érable
© chefNini

 

Quels sont, d’après toi, les « ingrédients » d’une photo culinaire réussie ?

Une photo culinaire réussie, selon moi, est une photo qui va immédiatement me donner envie de passer aux fourneaux. Une belle lumière, une jolie mise en scène, de jolies couleurs. Ce sont des critères qui comptent beaucoup. Je suis moins attirée par les photographies “studio” trop propres, trop statiques. Elles peuvent être très jolies mais elles ne reflètent pas l’authenticité de la recette et le plaisir que la personne a pris en cuisine. Tout cela est bien évidemment très subjectif.

 

S’il y avait une qualité indispensable pour être un bon photographe culinaire, quelle serait cette qualité ?

Je dirais le sens de l’organisation. La nourriture est périssable et certaines recettes ne peuvent attendre. Si vous souhaitez photographier la vapeur d’un plat par choix esthétique, vous aurez à préparer toute votre scène et votre matériel à l’avance. La vapeur ne dure que quelques secondes ! Une glace se liquéfie, un espuma fond, des herbes fraîches se fanent, un glaçage ternit… Il faut prendre en compte l’effet du temps sur votre recette pour photographier au bon moment.

 

Quels conseils pourrais-tu donner aux lecteurs qui souhaiteraient se lancer dans la photo culinaire ?

Je leur conseillerais de commencer très simplement avec un fond uni, une jolie assiette et une serviette en accord. Il vaut mieux se focaliser au début sur le plat, plutôt que sur le décor. Prêtez attention à l’esthétisme et à la présentation de votre recette. D’une manière générale, les recettes sucrées sont plus faciles à mettre en valeur et à rendre gourmandes. Commencez par celles-ci. Tranchez vos gâteaux, coupez en deux un coulant, versez du sirop d’érable sur des crêpes… Il ne faut pas hésiter à mettre un peu de vie à vos images.

Par la suite, vous pourrez au fur et à mesure ajouter des touches de décoration pour parfaire l’ambiance de la scène.

Photo_culinaire_Salade_fraise_fruit_passionSalade de fraises au fruit de la passion
© chefNini

 

Il y a quelques mois tu as publié un livre de conseils sur la photo culinaire aux Éditions Pearson. J’imagine que cela a dû être une consécration ! Peux-tu nous parler de ce livre et nous expliquer comment ce projet a pu voir le jour ?

En 2012, j’ai écrit un article sur la photographie culinaire pour partager avec les lecteurs de mon blog mes connaissances sur le sujet. C’est grâce à cet article que les éditions Pearson m’ont contactée pour me confier un projet de livre sur la photographie culinaire.

Quand on vous confie un tel projet et qu’on vous fait une telle confiance, on ne se sent pas forcément à la hauteur mais c’était une belle occasion de pouvoir transmettre autour d’un sujet qui me passionne. Je ne pouvais pas refuser !

Ce livre m’a pris des mois de réflexion, d’écriture, de remises en questions… Beaucoup de stress, mais au final une grande fierté.

Le livre est divisé en 4 chapitres :

Le premier est consacré aux fondamentaux techniques comme tout bon livre de photo qui se respecte. Le deuxième chapitre aborde la démarche photographique dans son ensemble. C’est le cœur de l’ouvrage. J’y donne notamment des conseils pour apprendre à accessoiriser une scène, à utiliser la couleur, à utiliser la lumière naturelle, à jouer les stylistes culinaires… C’est également dans ce chapitre que j’aborde toute la partie composition et cadrage.

Dans le troisième chapitre, je propose de nouvelles pistes créatives pour rendre ses images plus personnelles : exploitation du noir et blanc, photographier en extérieur, s’amuser avec la macrophotographie…

Le dernier chapitre est consacré au post-traitement, une étape qui fait partie intégrante d’une belle image culinaire.

Enfin, le livre se termine sur un mémo pour assister le lecteur au quotidien dans sa démarche photographique.

J’ai souhaité que ce livre fasse écho à mon blog en mêlant à la fois pédagogie et exercices pratiques pour progresser facilement.

 

Merci beaucoup Virginie d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et d’avoir partagé ton travail avec les lecteurs d’Astuces Photo.

Je vous invite à feuilleter son livre qui regorge de conseils pratiques. Si la photo culinaire vous intéresse, vous l’aurez compris, c’est l’ouvrage de référence que vous devez avoir dans votre bibliothèque !

Je vous encourage également à visiter le blog de Virginie (chefnini.com) pour découvrir de succulentes recettes et à consulter son portfolio pour le plaisir des yeux.

 

La parole est à vous maintenant ! Avez-vous déjà essayé la photo culinaire ? Est-ce que c’est une discipline qui vous tente ? Faites-nous part de vos expériences ou de vos envies photo en laissant un commentaire.

 

La photo culinaire selon chefNini
Votez pour cet article

A PROPOS DE L’AUTEUR…

Vous aimez prendre de belles photos, mais vous ne savez pas (toujours) comment faire ? Vous êtes au bon endroit !

Je m’appelle Fabien Beilhe et je suis photographe indépendant.

A travers ce blog, je partage avec vous tous mes conseils et astuces pour progresser en photo.

Partagez cet article avec vos amis !