Choisir un objectif photo est un véritable casse-tête pour de nombreux photographes. La démocratisation de la photographie n’a pas arrangé les choses : le nombre de modèles disponibles sur le marché est en constante augmentation.

Qu’il s’agisse d’acheter votre premier objectif ou de compléter votre parc optique, vous avez probablement mille questions en tête. Malgré le temps passé à faire des recherches ou à demander conseil autour de vous, vous êtes peut-être toujours submergé sous un flot d’informations. Qu’est-ce qui est vraiment important ? Qu’est-ce qui l’est moins ?

Je vous propose de vous accompagner dans votre recherche en vous aidant à vous poser les bonnes questions. Découvrons sans plus attendre 10 questions incontournables à se poser avant d’acheter un nouvel objectif.

 

1. Quels sont mes sujets favoris ?

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Le portrait est-il votre thème préféré ?
crédit : Sukanto Debnath

Avant même de vous intéresser aux caractéristiques techniques, prenez le temps de vous interroger sur le type de photo que vous souhaitez pratiquer. Est-ce que vous allez photographier plutôt des personnes ? des paysages ? des bâtiments ? du sport ? des animaux ?

Le choix d’un objectif se fait avant tout en fonction de vos thèmes de prédilection. Il parait évident que vous n’allez pas forcément utiliser le même objectif pour la photo de paysage, la photo de sport ou le portrait. Je dis forcément car certains objectifs sont polyvalents et permettent de traiter un vaste choix de sujets. Cela étant dit, chaque discipline requiert généralement des exigences techniques qui lui sont propres en terme de matériel.

Prenez donc bien le temps d’identifier vos besoins. Dans un premier temps, n’écartez aucune possibilité puis affinez en fonction de critères plus stricts. Si vous possédez déjà un ou plusieurs objectifs, essayez de déterminer ce qu’un nouvel objectif vous apportera : vous permettra-t-il de photographier de nouveaux sujets ? De mieux photographier certains sujets auxquels vous vous intéressez déjà ?

 

2. Quelle est la longueur focale ?

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Un téléobjectif :
un 400 mm Canon

La longueur focale (ou focale), exprimée en millimètres, est certainement le premier critère technique auquel vous allez vous intéresser. Une focale courte (entre 12 et 35 mm) permet de photographier avec un large angle de champ, on parle donc de grand angle. Une focale longue (au-delà de 85 mm) couvre un angle de champ étroit, on parle de téléobjectif. A mi-chemin entre le grand angle et le téléobjectif on trouve les focales standards (entre 35 et 85 mm). On considère que ces focales sont proches du champ de vision humain.

La nature de votre sujet (d’où l’importance d’avoir bien identifié vos sujets) détermine le type de focale que vous allez utiliser. Pour photographiez un paysage vous allez plutôt utiliser un grand angle pour que la scène qui est sous vos yeux apparaisse entièrement dans le cadre. Pour photographier des animaux ou du sport, vous allez choisir une longue focale pour remplir le cadre tout en restant à une distance confortable. Pour le portrait on recommande généralement d’utiliser une focale comprise entre 85 mm et 105 mm afin de mieux restituer les proportions du visage.

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Un grand angle :
un 20 mm Sigma

Il ne s’agit là que de quelques exemples pour vous permettre d’appréhender le type de focale qui correspond le mieux à votre pratique photographique. Pour une utilisation classique, les exemples focale/sujet exposés ci-dessus représentent une bonne base. Il existe bien évidemment de nombreux contre-exemples (photographier un paysage au téléobjectif, réaliser un portrait ou une photo animalière au grand angle, etc.). La photographie a cette particularité qui fait que tout règle est bonne à être contournée…

 

3. Zoom ou focale fixe ?

Les optiques photo sont scindées en deux grandes familles : les focales fixes et les zooms. Un objectif à focale fixe, comme son nom l’indique, est caractérisé par une focale unique : 35 mm, 50 mm, 200 mm, etc. A l’opposé, un zoom couvre une plage focale : 18-55 mm, 55-300 mm, 70-200 mm, etc.

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A gauche : une focale fixe, un 50 mm Nikon
A droite : un zoom, un 24-70 Canon

 

Les zooms sont très simples d’utilisation et procurent un avantage indéniable : vous n’avez pas besoin de changer d’objectif chaque fois que vous voulez accéder à une nouvelle focale. Il suffit juste de pivoter la bague de zoom pour choisir la focale que vous souhaitez utiliser. Vous limitez ainsi l’entrée de poussière dans votre reflex et vous évitez quelques délicates séances de nettoyage du capteur. Vous n’alourdissez pas votre sac photo et votre dos vous dit merci !

Même si une focale fixe est moins souple en terme d’utilisation, j’y vois quand même un intérêt non négligeable : il faut se déplacer pour modifier son cadrage. Avec un zoom, il est tentant de conserver la même position et de simplement pivoter la bague de zoom pour cadrer sa photo. C’est pourtant en bougeant, en tournant autour de son sujet, qu’on arrive à réaliser des compositions intéressantes. Une focale fixe est donc un objectif qui « oblige » à construire son image, à apporter un soin particulier à la composition.

 

4. Quelle est la taille du capteur de mon reflex ?

Vous trouvez peut-être étrange de vous intéresser à votre boitier alors que cet article a pour sujet les objectifs photo. Pourtant la taille du capteur a une incidence majeure sur le choix de vos futures optiques.

A l’heure actuelle, il existe principalement deux types de capteurs sur les reflex : le plein format (ou full frame) et le format APS-C. Le capteur plein format a des dimensions identiques à celles de la pellicule 24×36 mm. On parle donc de plein format en référence aux standards de la photo argentique. Le format APS-C possède des dimensions inférieures, c’est pour cela que l’on parle parfois de « petit » capteur.

Tout cela est intéressant, allez-vous me dire, mais je ne vois toujours pas le rapport avec le thème de l’article ! Et bien si votre boitier dispose d’un capteur APS-C, vous devez appliquer un facteur de conversion pour obtenir la focale réelle d’un objectif. Ainsi, il faut multiplier la focale indiquée sur l’objectif par 1,6 avec les reflex Canon et la multiplier par 1,5 avec les autres marques.

Un 50 mm monté sur un reflex APS-C va donc se comporter comme un 80 mm avec un boitier Canon et comme un 75 mm avec les boitiers des autres marques. Pour un objectif donné, l’angle de champ couvert est donc plus étroit avec un capteur APS-C.

Prenons deux exemples pour comprendre quelles sont les conséquences lors de la prise de vue. Si vous achetez un zoom 24-70 mm, il va se comporter comme un 38-112 mm avec un boitier Canon APS-C. En utilisant la plus courte focale (38 mm) vous allez être limité pour photographier des paysages où l’on a souvent besoin d’un véritable grand angle.

Dans d’autres disciplines, comme la photo animalière, le capteur APS-C est un atout. Si vous utilisez un 200 mm, il va se comporter comme un 300 mm (ou un 320 mm avec un boitier Canon) et vous pourrez donc photographier plus facilement des animaux de loin sans craindre qu’ils ne s’enfuient.

 

5. Quelle est l’ouverture maximale ?

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Grande ouverture (ici, f/1,4) rime avec faible profondeur de champ.
crédit : Merlijn Hoek

Avec la focale, l’ouverture maximale est le deuxième critère majeur à prendre en compte au moment du choix d’un objectif.

Plus l’ouverture est grande, plus vous pouvez utiliser une vitesse d’obturation rapide sans avoir à augmenter la sensibilité ISO. Je vous invite à (re)lire mon article sur l’exposition pour bien comprendre la relation entre ouverture, vitesse et sensibilité ISO. Ainsi en conditions de faible luminosité il est possible de photographier plus confortablement sans craindre un flou de bougé. Si vous photographiez des sujets très mobiles, vous pouvez plus facilement figer leur mouvement.

Le deuxième avantage d’une grande ouverture concerne le domaine de la créativité. Comme vous avez pu le lire dans mon article sur l’ouverture du diaphragme, plus l’ouverture est grande plus la profondeur de champ est réduite. Si vous souhaitez obtenir de jolis flou d’arrière-plan, une grande ouverture est donc à privilégier.

Enfin, il est important de noter que sur les zooms d’entrée de gamme l’ouverture maximale n’est pas constante sur toute la plage focale. Si l’on prend par exemple le Nikon 18-70 mm f/3,5-4,5 l’ouverture maximale f/3,5 est disponible à 18 mm alors qu’à 70 mm il faudra se contenter d’une ouverture maximale de f/4,5. Si dans la dénomination de l’objectif vous lisez quelque chose comme f/4-5,6 ou f/4,5-5,6, vous êtes dans le même cas de figure : l’ouverture maximale diminue à mesure que la focale augmente.

Pour bénéficier d’une ouverture maximale constante il faut s’orienter vers des zooms haut de gamme. Pour les focales fixes, le problème ne se pose pas et vous disposez constamment de l’ouverture maximale.

 

6. L’objectif est-il stabilisé ?

La stabilisation est un dispositif qui permet de compenser les petits mouvements du photographe quand il photographie à main levée. En effet, même si nous n’avons pas conscience de ces micro-mouvements, ils peuvent entrainer un flou de bougé.

Pour éviter un flou de bougé il n’y a pas de recette miracle : vous devez être le plus stable possible, tenir correctement votre reflex et disposer d’une vitesse d’obturation suffisamment rapide. On considère généralement qu’il faut utiliser une vitesse au moins égale à 1/focale. Ainsi, plus la focale de votre objectif est longue, plus la vitesse doit être rapide.

Avec un 50 mm, vous devez utiliser une vitesse au moins égale à 1/50 s pour minimiser le risque de flou de bougé. Avec un 200 mm, il faut shooter à 1/200 s. Si vous utilisez un capteur APS-C, vous devez logiquement appliquer le facteur de conversion pour obtenir la vitesse adéquate (respectivement 1/80 s et 1/320 s avec un reflex Canon).

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Le système de stabilisation Nikon

La stabilisation est très utile si vous photographiez dans des conditions de faible luminosité (en intérieur, à la tombée de la nuit, etc.). Vous vous en servirez par exemple si vous êtes déjà à l’ouverture maximale de votre objectif et que la vitesse est trop lente pour photographiez à main levée. Vous pourriez également monter dans les ISO mais, à partir d’une certaine valeur, vous serez limité par la présence de bruit numérique.

Les systèmes de stabilisations actuels (IS chez Canon, VR chez Nikon) permettent de « gagner » jusqu’à 4 vitesses. C’est-à-dire que vous pouvez théoriquement utiliser une vitesse d’obturation 4 fois plus lente sans risquer de voir apparaitre un flou de bougé sur vos photos. Ces données (fournies par les constructeurs) sont bien évidemment à apprécier au regard de l’expérience du photographe.

 

7/ Quelle est la distance minimale de mise au point

Cette question concerne une frange de photographes mais j’ai quand même tenu à la faire figurer dans l’article. Si vous vous intéressez à la macro, vous devez accorder la plus grande importance à ce paramètre. En effet, pour remplir le cadre avec un petit insecte ou saisir les détails d’une fleur il faut se rapprocher énormément du sujet.

Avec un objectif classique, vous êtes rapidement limité par la distance minimale de mise au point. Vous pouvez faire le test avec votre équipement actuel : rapprochez-vous à quelques centimètres d’un sujet et essayez de faire la mise au point. Vous n’y arriverez pas, l’autofocus va patiner. Pour dépasser cette limitation technique la voie royale est d’utiliser un objectif dédié à la prise de vue rapproché : l’objectif macro.

 

8/ Quelles sont les limites de mon objectif actuel ?

Vous possédez déjà un objectif et vous envisagez dans acheter un second. Est-ce que vous vous êtes demandé si vous aviez atteint les limites de votre objectif actuel ? Êtes-vous frustré parce qu’une limitation technique vous a empêché de prendre LA photo ? Avez-vous besoin d’une plus grande ouverture ? D’une focale plus longue ? Si vous êtes dans cette situation, alors c’est le bon moment d’étoffer votre parc optique.

Si vous n’arrivez pas à répondre à cette question, c’est qu’à mon avis vous n’avez pas besoin d’acheter un nouvel objectif. Si c’est pour que votre nouvel objectif fasse joli sur une étagère ou reste enfermé dans un placard, cela n’a pas beaucoup d’intérêt !

Il est primordial de se poser cette question avant tout achat de matériel photo. Elle n’est donc pas uniquement valable pour les objectifs mais également pour les boitiers et les accessoires. Après, rien n’empêche de vous faire plaisir, même je trouve ça un peu dommage…

 

9. Est-ce que je serai à l’aise avec mon futur objectif ?

Lire des tests dans des magazines ou sur internet c’est bien, mais savez-vous à quoi ressemble vraiment l’objectif que vous avez en ligne de mire ? Quel est son poids ? Quelles sont ses dimensions ?

Acheter sur internet présente des avantages (en terme de prix notamment), mais vous vous coupez d’une certaine réalité. Avant de vous décider, je vous conseille donc vivement d’aller faire un tour en magasin pour vous rendre compte des éventuelles contraintes.  Si vous voulez avoir un bon aperçu et tester votre futur matériel, pourquoi ne pas louer un objectif quelques jours ? Vous aurez alors beaucoup plus de certitudes pour savoir si l’objectif qui vous intéresse est vraiment fait pour vous.

Si vous êtes amateur de randonnée ou si vous vous déplacez beaucoup vous préfèrerez sûrement limiter le poids et l’encombrement. Même chose si vous partez en voyage, serez-vous à l’aise avec un objectif imposant, notamment dans un pays étranger où les repères sont différents ? Pour ce type d’utilisation vous pouvez vous orienter vers un zoom transtandard (un 18-200 par exemple) qui vous permettra de couvrir de nombreux sujets pour un poids et un encombrement minimum. Si vous photographiez essentiellement en studio ou chez vous, ce critère a évidemment moins d’importance.

 

10. Quel est mon budget ?

Une fois que vous avez trouvé l’objectif de vos rêves, il reste quand même un point important à prendre en compte : votre budget.

La longueur focale est le premier critère pouvant expliquer un écart de prix entre deux objectifs. Généralement, plus la focale est longue plus le prix est élevé. Dans une même gamme d’objectifs, les téléobjectifs sont donc souvent plus chers que les grands angles. Il faut par exemple compter plusieurs milliers d’euros pour un 500 mm. La présence d’une très grande ouverture, notamment sur les zooms à ouverture constante, est également synonyme de prix élevé. La construction optique de ce type d’objectif est plus complexe et cela se répercute sur le prix.

Le prix des objectifs est un frein pour de nombreux photographes. Il est souvent nécessaire de faire des choix et de trouver le meilleur compromis. N’oubliez pas pour autant qu’acheter un bon objectif c’est investir sur le long terme. Les objectifs se démodent beaucoup moins vite que les boitiers numériques et c’est avant tout la qualité de l’optique qui permet d’obtenir une bonne qualité d’image.

 

Le choix d’un objectif est un long cheminement qui peut s’avérer passionnant pour certains, prise de tête pour d’autres. Vous devriez à présent y voir plus clair et être capable d’identifier les éléments clés à prendre en compte. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous !

 

10 questions à se poser avant d’acheter un objectif
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A PROPOS DE L’AUTEUR…

Vous aimez prendre de belles photos, mais vous ne savez pas (toujours) comment faire ? Vous êtes au bon endroit !

Je m’appelle Fabien Beilhe et je suis photographe indépendant.

A travers ce blog, je partage avec vous tous mes conseils et astuces pour progresser en photo.

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